
Solin de cheminée qui fuit : causes et réparation
Un solin de cheminée qui fuit trahit le plus souvent un mortier fissuré par le gel, une bande métallique décollée de la maçonnerie ou une souche qui laisse passer l’eau. La réparation va de la reprise du joint à l’abergement complet, selon ce que révèle l’inspection. Dans le Nord, pluie et gel répétés accélèrent cette usure.
Solin, bavette, abergement : le vocabulaire du raccord
Une souche de cheminée traverse la couverture. À cet endroit, les tuiles s’arrêtent contre une maçonnerie verticale et l’eau qui descend du versant cherche le moindre interstice. Plusieurs ouvrages ferment ce raccord, sous des noms que peu de propriétaires distinguent :
- le solin proprement dit, c’est-à-dire la jonction étanche entre la couverture et la paroi de la souche, longtemps réalisée en bourrelet de mortier taillé en biais, aujourd’hui souvent en métal ;
- la bavette, pièce souple posée en aval de la souche, par-dessus les tuiles, qui renvoie l’eau vers le bas du versant ;
- l’abergement, habillage de la souche sur ses quatre faces, qui assemble la bavette, les pièces latérales et, en amont, un relevé formé pour dévier l’eau de part et d’autre ;
- le contre-solin, ou bande de solin, fixé dans la maçonnerie au-dessus des relevés pour empêcher l’eau de ruisseler derrière eux.
La nuance compte au moment du devis. « Refaire le solin » peut désigner un simple joint de mortier sur deux faces comme le remplacement de tout l’habillage métallique. Demandez quelles faces de la souche sont reprises, avec quel matériau, et si les tuiles voisines seront déposées.
Sur le bâti en brique du Nord, beaucoup de maisons anciennes gardent un raccord au mortier d’origine. Lors des reprises, le zinc, matériau phare de la zinguerie et de l’étanchéité des toits de la région, prend souvent le relais.
Fuite au solin de cheminée : les signes qui ne trompent pas
Une infiltration au raccord de la souche apparaît rarement là où l’eau entre : elle suit le conduit, un chevron ou le dessus de l’isolant. Croisez donc les indices intérieurs et extérieurs.
Dans la maison et sous les combles
Les traces intérieures se concentrent autour de la trémie, l’ouverture que traverse le conduit :
- une auréole au plafond, contre le coffrage du conduit ou dans l’angle le plus proche ;
- un plâtre qui cloque, une peinture qui s’écaille autour du passage de la cheminée ;
- dans les combles, des chevrons noircis ou un isolant tassé et humide au pied de la souche ;
- une odeur de moisi qui revient après chaque épisode pluvieux.
Une tache brunâtre qui sent la suie appelle une autre lecture : elle peut venir du bistre, ce dépôt goudronneux que la condensation forme dans certains conduits. Si elle grandit par temps sec, en période de chauffe, le solin n’est probablement pas en cause et le ramoneur tranche.

Depuis le jardin, aux jumelles
Une paire de jumelles suffit pour lire chaque face visible de la souche sans quitter le sol :
- un joint de mortier fendu, ébréché ou manquant le long de la souche ;
- une bande métallique soulevée, dont le bord ne touche plus la brique ;
- un mastic craquelé ou décollé au-dessus de la bande ;
- des tuiles déplacées ou cassées autour de la cheminée ;
- des briques épaufrées, un couronnement fendu en tête de souche, des coulures blanches de salpêtre.
Photographiez chaque face au zoom, avant puis après une averse. Ces clichés orientent le couvreur vers la face à examiner en priorité.
Pourquoi le raccord de la souche finit par céder
Le solin travaille dans des conditions ingrates. Il relie deux éléments qui ne bougent pas de la même façon et reçoit l’eau du versant situé au-dessus. Cinq mécanismes reviennent sur le terrain :
- les cycles gel-dégel : l’eau entre dans les microfissures du mortier, gèle, gonfle et élargit la fente, jusqu’à décoller le joint par plaques ;
- la dilatation : souche maçonnée et charpente en bois réagissent différemment à la chaleur et à l’humidité, et un solin au mortier, rigide, encaisse ces mouvements jusqu’à la rupture ;
- la bande mal engravée : collée en surface, elle dépend d’un mastic qui durcit et se rétracte avec les années, puis laisse passer l’eau derrière elle ;
- la souche fissurée ou poreuse : briques gélives, joints creusés, couronnement fendu, l’eau traverse la maçonnerie et ressort sous le solin, qui n’y est pour rien ;
- les tuiles déplacées : un coup de vent soulève une tuile voisine, et le recouvrement qui guidait l’eau vers la bavette disparaît.
Ces causes se cumulent volontiers. Un solin refait à neuf sur une souche qui boit l’eau fuira de nouveau : le diagnostic doit couvrir la souche entière, pas seulement son pied.
Le climat du Nord concentre ces contraintes. Pluies fréquentes, vents d’ouest qui plaquent l’eau contre la souche, hivers où le gel alterne avec le redoux : la face tournée vers les vents dominants lâche en général la première.
Reprise, bande engravée ou abergement : quelle réparation choisir
Le bon geste dépend de l’état de la souche, du matériau de couverture et de l’historique des fuites. Trois solutions couvrent l’essentiel des cas.
La reprise du solin au mortier
Le couvreur pique l’ancien mortier fissuré jusqu’à un support sain, dépoussière, humidifie la brique puis reforme un solin en biais qui chasse l’eau vers la couverture. Cette reprise au mortier convient à une souche saine dont le joint s’est seulement fatigué, sur un toit où le raccord maçonné fait partie de l’ouvrage d’origine.
Sa limite tient à sa nature. Un mortier rigide retrouvera les mêmes mouvements et les mêmes hivers. Sur une souche qui a déjà fui plusieurs fois au même endroit, la reprise repousse le problème sans le régler.

La bande de solin engravée, en zinc ou en plomb
Le couvreur ouvre une saignée dans un joint horizontal de la brique, y glisse le bord replié d’une bande métallique, puis referme l’engravure au mortier ou avec un joint adapté. Une bande engravée recouvre le haut des relevés sans dépendre d’un collage : l’eau ne trouve plus d’entrée au-dessus d’elle, et le raccord tient mieux dans le temps.
Le métal suit la forme des tuiles. Le zinc, rigide, se façonne à l’atelier en pièces nettes. Le plomb, très malléable, se rabat à la main sur les tuiles à fort relief, d’où son emploi fréquent pour les bavettes.
L’abergement complet de la souche
La solution lourde, et souvent la plus durable. Le couvreur dépose les tuiles autour de la souche, habille ses quatre faces, coiffe les relevés d’un contre-solin engravé, puis repose la couverture. L’abergement complet se justifie sur une souche large, après des fuites à répétition, ou lors d’une rénovation de toiture qui ouvre de toute façon les versants autour du conduit.
| Solution | Situation type | Limite principale |
|---|---|---|
| Reprise au mortier | Souche saine, joint fissuré, raccord d’origine maçonné | Rigide, sensible au gel et aux mouvements |
| Bande de solin engravée | Mortier à remplacer durablement, bande collée qui se décolle | Exige des joints de brique sains pour l’engravure |
| Abergement complet | Fuites répétées, souche large, réfection du versant | Dépose des tuiles voisines, chantier plus long |
Méfiez-vous des cordons de mastic appliqués seuls sur un joint fissuré. Ils dépannent en urgence, mais le mastic vieillit au soleil et masque l’état réel du raccord au professionnel suivant.
Ce que vous pouvez contrôler, ce qui revient au couvreur
Votre rôle s’arrête au sol et aux combles. Trois vérifications préparent la visite :
- observer la souche après une averse, face par face, et photographier tout défaut ;
- inspecter le pied du conduit dans les combles à la lampe, pendant ou juste après la pluie ;
- noter la date de chaque fuite, la direction du vent et la durée de l’averse.
Le reste se passe sur le toit, qui n’a rien d’un poste de travail improvisé. L’INRS indique qu’en 2019, plus de 16 % des chutes ayant entraîné une incapacité permanente dans les accidents du travail se sont produites depuis une échelle ou un escabeau. Même pour un professionnel, l’article R. 4323-63 du code du travail interdit en principe l’échelle comme poste de travail, sauf impossibilité technique ou risque faible pour des travaux courts et non répétitifs.
Le même code place les protections collectives en tête : l’article R. 4323-59 cite d’abord les garde-corps rigides. Un couvreur-zingueur sérieux arrive donc avec un échafaudage, un garde-corps de toit ou des ancrages adaptés.
Côté technique, les couvertures relèvent des documents techniques unifiés de la série 40, dont la norme NF DTU 40.21, publiée par AFNOR en octobre 2013, pour la tuile de terre cuite à emboîtement. Demandez que le devis précise le document suivi et la nature du raccord prévu. Le matériau compte aussi : sur ardoise, le raccord latéral passe souvent par des noquets glissés sous chaque rang. Le comparatif entre tuile et ardoise sur les toits du Nord rappelle d’ailleurs que les solins vieillissent en général plus vite qu’une ardoise.

Après un coup de vent ou un hiver rigoureux, le contrôle à programmer
Un solin ne prévient pas avant de lâcher. Prévoyez un coup d’œil systématique dans trois situations :
- après une tempête ou un épisode de vent fort, qui déplace volontiers les tuiles voisines ;
- à la sortie de l’hiver, quand les gels successifs ont pu ouvrir les joints ;
- avant la saison de chauffe, pour réparer à temps si un défaut apparaît.
Le ramonage offre un rendez-vous naturel. Depuis le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023, l’article R. 1331-19 du code de la santé publique impose le ramonage des conduits de fumée au moins tous les douze mois, et un arrêté pris localement, comme le règlement sanitaire départemental, peut en exiger davantage. Demandez au ramoneur de signaler l’état de la souche qu’il aperçoit : il ne répare pas le solin, mais son regard peut repérer un joint ouvert avant la première tache.
Prochaine étape : au prochain épisode de pluie soutenue, montez dans les combles avec une lampe, photographiez le pied du conduit, puis observez la souche depuis le jardin. Avec ces images et les dates des fuites, le couvreur choisit entre reprise, bande engravée ou abergement dès sa première visite, sans ouvrir le toit à l’aveugle.